Traversée de l’Islande solo -403 km- Partie 3 Les pieds réchauffés par le volcan

Les pieds réchauffés par le volcan – km 324 à 403

C’est donc après avoir observé  la carte du pays sous tous ses plis que je décale vers l’est la fin de la traversée qui m’a mené jusqu’au geyser de Geysir.  Le déplacement latéral permet, sans retirer de distance au trajet qui mène vers le sud, de remplacer des paysages s’urbanisant par d’autres, sauvages, superbes et découpés.

324 km précédents: Partie 1 Hautes-Terres et Partie 2 Les délices du Kerlingarfjöll

Dès l’arrivée sur le site de Landmannalaugar, je re-charge le sac sur le dos pour entamer le bien connu/couru mais superbe trek Laugavegur. Son nom signifie « chemin de l’eau chaude » et il mène de ce superbe site jusqu’à la vallée de Thorsmörk.   D’une distance totale d’à peine 54 km, les randonneurs comptent pourtant habituellement quatre jours pour le parcourir tant sa difficulté peut varier en fonction des conditions météo.  Mon idée est de le prolonger jusque la côte.  Il faudra pour cela passer par le sommet de ce volcan entré il y a 5 mois en éruption.  

Dès qu’arrivé au premier refuge (Hrafntinnusker), je pose la tente sous la neige et poursuis le lendemain jusqu’à la deuxième halte classique (refuge de Alftavatn avec sa vue magnifique).  La nuit est agitée tant le vent secoue la toile.

Ce 16 août me voit pousser des ailes.  A peine posé le sac à dos à la troisième halte classique (refuge d’Emstrur), l’envie de continuer  est irrépressible.   L’étape était superbe mais… j’en veux plus.  Les journées sont longues, autant en profiter !  Au lieu de sortir la tente, je remets le sac sur le dos et saute l’étape dodo.  Je sais que plus loin se découvrira la vue sur l’endroit où ce volcan a percé la glace…   Et il me tarde de voir comment le paysage s’est modifié depuis l’année passée alors que je m’étais déjà donné la chance de marcher sur ce sentier. 

Aux vallées couvertes de mousse succède une plaine de sable volcanique où s’enfonce le pied. En arrière-plan, un des nombreux glaciers longés pendant cette rando

Mes efforts sont récompensés : la vue est superbe en direction de l’Eyjafjallajökull. Celui sur le nom duquel trébuchaient les langues des journalistes du monde entier est recouvert de cendres crachées depuis son cœur. Et les environs aussi.  Les glaciers environnants aussi sont couverts de poussière volcanique.    Pour être passé exactement au même lieu il y a un an, je sais que l’endroit a changé.  Il est des étendues où chaque pas s’enfonce dans une couche de cendres.

Les couches de cendre déposées par le volcan. Au fond, l’herbe avant l’éruption. Les vigoureuses plantes ont courageusement percé ou ont commencé à coloniser le manteau

Je force afin d’arriver jusqu’à Thorsmörk.  Exténué, je m’abrite du vent dans un cabanon pour y préparer mon repas lyophilisé et perds connaissance sans même avoir le temps d’allumer le réchaud.  C’est par terre et sans idée du temps écoulé que je me réveille.  Heureusement ma doudoune me tenait au chaud.  Faire deux étapes complètes en une journée était sans doute de trop.  Surtout après ces trois semaines de marche elles-même précédées d’autres randos. Leçon retenue…

Thorsmörk est un lieu-dit plus qu’un village. Comme l’endroit est pourvu de deux campings (et un troisième bien caché côté sud de la vallée) et que le cadre est superbe, il attire du monde.  La matinée, consacrée au repos, est l’occasion de faire connaissance avec un Allemand et une Hollandaise partants pour gravir le volcan et rejoindre la côte.  Puisque nous entamons l’ascension tard, nous décidons que nous dormirons dans le « refuge d’urgence » situé de l’autre côté du volcan, ou bien que nous dresserons nos tentes tout près.

La journée nous emmène dans un paysage exceptionnel. A l’approche du glacier Eyjafjallajökull (Jökull signifie “glacier” et Eyjafjöll  est le nom du volcan entré en éruption), la neige et la glace fondent sous la chaleur du sol.  Le souffre jaunit la montagne.

Le glacier se dresse, couvert de cendres volcaniques

Une fois au sommet du volcan, le sol n’est que lave durcie mais fumante ou tapis de cendres rendues humides par la fonte de la glace.

Pas un lichen, une mousse, un arbrisseau. L’éruption a débuté il y a  5 mois et la vie n’a pas pu coloniser l’endroit.  Rien.  Avec le temps, le vent et les oiseaux amèneront des graines et le minéral fera place aux plantes.  Je rêve déjà de repasser ici dans cinq, dix ou quinze ans.

En bordure de la lave encore fumante: un cône lisse, régulier. Je me demande comment s’est formée cette forme de volcan dans le volcan
Je n’ai osé toucher ce champ de bosses profond d’une centaine de mètres. Comme une meringue couverte de poudre noire. Mettre le pied dessus aurait gâché le paysage irréel

Ce mélange de neige, de lave durcie, encore fumante et de cendres est étourdissant. L’expression « Islande, terre de glace et de feu » prend en ce lieu vraiment tout son sens.  Et cette neige, partout autour, qui se montre quand la suie cesse de la recouvrir.  L’éruption s’est déclenchée… au-dessous d’un glacier! Il est donc normal que ces projections de la Terre soient entourées de glace.

Nous continuons à travers suie et neige, empruntant des petites vallées glacées jusqu’à la « hutte d’urgence ».  Quelle fantastique manière de clôturer la traversée!  Je suis heureux d’avoir pu faire cette dernière journée complète accompagné.  Le cabanon en mauvais état fera l’affaire pour la nuit.   

… pour se jeter dans l’impressionnante chute de Skogar -25 habitants mais beaucoup de touristes!

Ce matin je prends volontairement un peu de distance avec les compagnons rencontrés hier. Et savoure lors de la longue descente vers la côte la vue sur l’Océan Atlantique qui se présente enfin à moi après ces 400 km parcourus.  Aussi : je me dis qu’il est temps de… laver ce sac de couchage !

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