Traversée de l’Islande solo -403 km- Partie 2 Les délices du Kerlingarfjöll

Les délices du massif de la sorcière, l’infranchissable rivière Hvita et le geyser de… Geysir! – km 190 à 324

190 km précédents: Hautes-Terres

Avec la motivation de rejoindre cet endroit magique, le trajet vers le massif du Kerlingarfjöll est vite parcouru.  A l’arrivée, quelle surprise : Jonàs, volontaire rencontré à Hverravellir, s’est fait déposer par un 4×4 et m’attend avec une boîte de nourriture fraîche!  Je lui avais vanté à Hverravellir les beautés du massif. Ses collègues bénévoles, sans doute apitoyés de me savoir manger du lyophilisé, du muesli et des cracottes depuis une semaine, ont mis dans une boîte pommes, fromage, pain et yaourt… !

La tente est montée immédiatement puisqu’il fait superbe. Dans ce pays, on ne sait jamais le temps qu’il fera dans une demi-heure.  Profitant de la clarté qui durera encore, nous partons avec Katka, également bénévole, explorer une vallée dont les mots manquent pour la décrire.  On trouve dans le massif une roche issue de la fusion partielle du manteau terrestre.  Quand le magma riche en silice se refroidit dans certaines conditions, il forme cette roche appelée rhyolite allant du rosé jusqu’au bleu.  Le spectacle offert par la nature nous laisse ici ébahis ! La vallée aux couleurs fantastiques se pare de vapeurs s’échappant du sol, d’eaux jaillissant en gros bouillons et de glaces qui fondent.

La vallée aux mille fumerolles nous invite à gambader en son cœur.  Nous ne résistons pas à l’appel de l’eau chaude qui jaillit dans ce cadre surréaliste.  Le bain précédent est largement surpassé !

Katka, sa pomme et son bain chaud fantastique

La sortie est moins agréable. Les journées claires pendant 24h sont finies et le ciel s’est couvert.  Non-équipés de lampes (celle emmenée l’année passée dans ce même pays s’était montrée inutile), nous voulons éviter un retour par la montagne. Nous optons pour le chemin long mais facile qui nous ramènera aux tentes. Pour rejoindre la piste , il faut gravir un pan de vallée boueux. La terre collante nous forme de gigantesques sabots. Les bottes de sept lieues de la veille se sont transformées en bottes de… zéro lieue.  Chaussures de glaise contre sol de glaise, le sol est une patinoire. Nous ne cessons de dévaler ce que nous venons de monter.  Avec le sol crachant fumerolles et bouillons ci-et-là, nous n’en menons pas large en glissant sans cesse vers on ne sait quoi. Kerlingarfjöll signifie « Montagne de la sorcière ». On sait désormais quel est son piège pour retenir les aventureux…

Le jour suivant est superbe et une nouvelle visite à la vallée magique s’impose.  Nous trouvons alors facilement le chemin aménagé pour gravir le dévers où nous avons failli cuire la nuit passée.

Puisque la visibilité est excellente, je ne résiste pas à l’envie de gravir le mont Snaekollur (1488m) et apprécier depuis son sommet, la vue à 360°.  Au nord, les  étendues parcourues depuis mon départ il y a 10 jours et 200 kilomètres. Derrière se cachent les fjords et l’Océan Arctique. A l’est, le glacier que je longerai bientôt jette ses langues par-dessus les montagnes. A l’ouest c’est l’immense glacier Vatnajökull qui s’étend, avec sa superficie égale à celle de la Corse et ses 1000m de profondeur.  Au sud, caché derrière le massif, le reste de mon chemin qui doit mener jusqu’à l’Océan Atlantique.

Les paysages du Kerlingarfjoll, la nourriture fraîche offerte par les bénévoles et la journée sans sac m’ont fait pousser des ailes.   Je repars vers l’ouest et pose à nouveau la tente non-loin du champ de lave en bordure duquel j’ai dormi il y a trois jours.  Re-sédimentation et re-filtrage de l’eau.

Avec l’approche du lac de Hvitàrnes (prononcer Kvi-tar-nès), le sol ne cesse de verdir. Le champ de lave traversé fait place à des étendues où s’éparpillent les moutons.  Comme les chevaux, ils passent l’été en liberté et sont rassemblés au mois de septembre. Les éleveurs sillonnent  alors vallées et plaines sur leurs montures courtes-sur-pattes ou encore à moto à la recherche des animaux qu’ils mettent à l’abri pour l’hiver. 

Les moutons seront mes seuls compagnons pendant quelques jours, avec quelques rares randonneurs.  J’aime leurs petits « Nifff… » poussés à ma vue avant de s’enfuir.  Quand ils sont moins craintifs, j’entame de longs dialogues au terme desquels j’ai toujours raison. Ouaip… c’est ça aussi de marcher seul pendant longtemps…;-)

Cette portion du trajet est simple puisqu’il suffit de suivre un sentier balisé piquant vers le sud-ouest et menant jusqu’au lac.  Les linaigrettes, herbes surmontées d’un petit plumeau blanc, tapissent le sol alors qu’on se rapproche du glacier se jetant dans l’étendue d’eau. 

Je traverse les lits asséchés de rivières éphémères. Un cours d’eau large d’une dizaine de mètres prend vigueur alors qu’il s’engouffre brusquement dans un canyon large d’un mètre cinquante à peine mais sans doute bien profond. Sensations garanties en sautant par-dessus le courant violent… 

L’élégant refuge d’Arbudir, avec son lac et son glacier
Bivouac très au calme

La tente est dressée le long d’un cours d’eau à deux kilomètres de là.  A peine plus loin, la rivière Hvita bloquera le passage vers l’est. Je m’apprête à longer l’imposant cours d’eau durant deux jours jusqu’à Gullfoss où il fera son saut de 32 m en d’impressionnantes chutes.  

Au sud, un pont permet de passer sur l’autre rive. Je n’ai pu me fournir la carte détaillée de cette zone. Si je la trouve à Gullfoss je pourrai poursuivre vers le sud-est à travers les reliefs riches en dénivellés et en cours d’eau.   Dans le cas contraire, je devrai continuer selon l’axe utilisé jusqu’ici. 

L’atmosphère de l’exceptionnelle chute de Gullfoss tranche durement avec les étendues vides des 300 km parcourus ces 14 premiers jours.  Route goudronnée, parking en tarmac, panneaux explicatifs, cafétéria sont au rendez-vous. Dans le magasin de souvenirs : beaucoup de choses mais pas la carte topographique…  

La chute de Gulfoss et l’infranchissable Hvita !

Un peu gêné de mon odeur que j’imagine semblable à celle du mouton, je me tiens à l’écart des parties encombrées de la cafétéria pour faire le point au chaud devant une soupe. C’est le premier plafond au dessus de ma tête depuis deux semaines.  Une dizaine de km plus loin se trouve le site de Geysir tout aussi touristique (à l’échelle de l’Islande: il n y a en fait pas grand monde) que celui-ci.  Peut-être trouverai-je le bout de papier en poussant jusque là ?  

Voulant m’éloigner de la route, je me heurte à clôtures, champs… et suis finalement contraint de marcher le long de la voie asphaltée! Pas de carte à Geysir non plus…

La Terre y crache l’eau bouillante à vingt mètres de haut toutes les quelques minutes. Les solfatares qui parsèment les alentours du spectacle naturel laissent une odeur souffrée dans l’air. Le grand Geysir, qui a donné son nom à tous les cracheurs d’eau de la Terre ne se réveille lui que rarement.

Au delà des deux ou trois maisons, il y a la base pour accueillir les touristes: un espace où planter les tentes, une station service et un hôtel. Geysir se résume à cela si l’on n’oublie pas la piscine. Dans ce pays aux sols bouillants, même les plus petites localités sont équipées de bains bouillonnants 🙂 Puisqu’il est possible d’y accéder, j’y fonce pour profiter de la douche. C’est la première depuis longtemps. Et trempette dans le jacuzzi alors que la lessive tourne.

C’est nu comme un ver sous mon sur-pantalon  et ma veste en  Gore-Tex que je fonds sur le fast-food de la station-service. Un hamburger !  Effet de mon état piteux ou de la fin de journée… le serveur m’offre celui-ci… !  Combien en aurais-je reçu en portant tous mes vêtements sales…?

Le geyser entame sa montée de 20 m

Le moral dans les chaussettes, je fais le point. Couper à l’est serait inconscient sans la précieuse carte. Continuer vers le sud-ouest m’enchante peu car avec Geysir commence la zone bâtie. Et cela ira en s’accélérant : fermes,  clôtures et champs vont se multiplier avant de passer le relais aux maisons isolées puis aux petites villes. La pluie me semble bien amère et le geyser qui crache son eau dans le ciel ne parvient à m’égayer. Bref, ma traversée a perdu en quelques heures ce que j’aime tant : son côté « nature ».  Faut-il arrêter ici ?  Le moteur de mes randonnées a toujours été le plaisir et pas la performance. Il me reste moins de 70 km à vol d’oiseau pour rejoindre l’Océan Atlantique.  Mais à quoi bon poursuivre si le plaisir n’y est pas ? 

J’en suis donc à l’idée d’arrêter quand la solution passe sous mes yeux. Des bus tout-terrains parcourent les principales pistes du pays et il est aisé de rejoindre depuis ici un site d’exception très prisé par les randonneurs.  Landmannalaugar a  la particularité d’être le point de départ d’un sentier de randonnée qui mène… vers l’océan !  La randonnée est parsemée de quelques refuges mais hormis cela il n’y a pas de constructions ni de route.  Juste de superbes paysages. C’est tout ce qu’il me faut : il suffit de sauter dans un de ces bus !

Effectuant ce déplacement, j’interromps donc la continuité du tracé à pied pour le décaler vers l’est. Je me console dans un premier temps en me disant que ni les yeux ni les semelles ne seront lésés. Le sentier à venir évolue dans un décor de rêve. Cela me semble mieux que d’avancer entêté dans un paysage s’urbanisant de plus en plus. Le nouvel itinéraire rajoutera même quelques km à ceux que je devrais parcourir depuis ici.  Après tout je suis là pour marcher ! Cerise sur le gâteau: je pourrai passer par le sommet encore tout chaud du volcan entré en éruption il y a 5 mois à peine (Oui oui, celui qui nous as tous embêtés!).  Les perceptions sont souples: c’est finalement ravi de mon choix que j’embarque vers Landmannalaugar pour poursuivre les 324 km déjà parcourus depuis mon départ du nord il y a deux semaines!

La suite : Partie 3 Les pieds chauffés par le volcan

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